Fiche du personnage principal
Ø Nom : Lièvre
Ø Prénom : Robert
Ø Adresse : Bruxelles (adresse précise / quartier à déterminer )
Ø Âge : +/- 50 ans
Ø Métier / activité : fonctionnaire (dans un ministère – SPF finances ou économie ou pensions)
Ø Situation familiale : marié (sans enfant connu)
Ø 3 personnes de l’entourage :
- Sa femme
- Sa mère (presque 90 ans)
- Un collègue de bureau
Ø 2 activités de loisir :
- Collectionne les figurines de carnaval (du monde)
- Fait des puzzle
Ø 3 traits de caractère :
- Timide – introverti
- Obsessionnel – maniaque
- Attentionné (envers les vieilles dames uniquement)
Ø Un malaise physique récurrent :
- Transpire abondamment en cas d’émotion
Ø Sa pire crainte :
- Se retrouver (seul) sous les feux des projecteurs
Ø Un rêve d’enfant :
- Conduire des ambulances (et sauver des vies)
Ø Un objet fétiche :
- Une statue de la Sainte Vierge de Lourdes remplie d’eau bénite
Atelier Escale Nord - TEXTE 1 – PROLOGUE - Patricia Lassine
Carrefour de tous les dangers.
Les caddies. Hors de sa vue, les caddies, leurs roues qui couinent, qui grincent, qui bloquent. Ça loupe les tournants, ça reste là, bennes domestiques larguées en chemin comme des malpropres, à encombrer les allées. Lui, à peine franchie la porte d’entrée automatique, il fonce vers les paniers à main. Il en attrape un, un vrai, pas un de ces paniers à roulettes qu’on traine comme des caniches arthrosiques. Concentré, il serre les doigts autour des deux anses noires et entame le scan express de la périphérie, les frigos à végétaux contre le mur de droite, les présentoirs à fruits et légumes basse altitude droit devant, et plus loin derrière, les frigos à poissons et crustacés, les pains et viennoiseries sur la droite, puis en face, tout au fond, les viandes dans leurs barquettes, rangées par animal. Un espace vide et sur la gauche, les frigos de produits laitiers et de charcuteries, allée large, les frigos traiteur et enfin, en bout de course, à main gauche, les caisses de l’espace self, vides. Elles clignotent toutes au vert. Il est huit heures une. Personne. La voie est libre. C’est parti !
Il jette dans son panier une portion de ciboulette préemballée, une autre de persil plat, des asperges vertes du Pérou (sa femme en raffole), un ravier de 500 grammes de champignons des grottes (ses péchés mignons). Il s’empare de six pommes Pink Lady sous cellophane avant d’apercevoir des tomates de type Roma, un petit extra. Aujourd’hui, il cède à l’imprévu et en saisit un ravier au passage, ah, ses années de latin, César, Caligula, Ovide, léger frisson dans la zone lombaire, et il poursuit vers le rayon boucherie, comme d’habitude, tous les lundis.
Il connaît son parcours par cœur.
Il sait où il convient de tourner le dos ou de courber l’échine, dans quel angle, dans quel recoin, dans quelle allée, précisément. Le voilà qui s’intéresse au lino vert pâle du sol. Tiens, des traces humides de détergent. Il évite d’un grand pas. L’odeur acidulée du propre lui frôle les narines. Rassurante. Par-delà le cadre noir de ses lunettes, il remarque le bout de sa chaussure sous les bords de son pantalon gris puis jette un coup d’œil rapide vers son panier. Tout est en place. Les produits sont imbriqués les uns dans les autres comme des briquettes de Lego. Rien qui dépasse. Son regard ne montera pas plus haut. Il connaît bien le rythme de la caméra de surveillance numéro trois, au-dessus des frigos, qui roule son œil depuis l’angle supérieur. Inutile de vérifier. Jouer à cache-cache avec les engins espions, il a de la pratique. Les écrans de surveillance, ça fait longtemps qu’il évite. Encore quelques pas et il pourra lever le nez pour se soulager les cervicales.
Il a une pensée pour la liste du jour, celle rédigée la veille par sa femme, toujours la même, la liste. Le papier plié en quatre gît au fond de la poche de son pardessus. Le sortir, le lire, non. Inutile de perdre du temps.
Il fonce au rayon volaille et attrape à pleine main un poulet Père Dodu. Soudain, il suspend son geste et aussi sec, repose la barquette. Des plumes. Plusieurs résidus de duvet gluants coincés dans l’enveloppe plastique. Dégoûtant ! Une pointe de reflux gastrique lui envahit la trachée quand le mot lui traverse l’esprit. Sous les néons, il cherche un poulet sans plumes, il trifouille d’une main. Pas évident. Les sourcils froncés, il s’active, la musique d’ambiance du matin rebondit sur sa tête baissée. Erreur humaine, ces plumes partout ? Changer de marque n’est pas une option. Ça propulserait sa femme dans l’ère du soupçon. Il dégotte un poulet dans le fond du présentoir. Maigrichon, à manger dans les deux jours. C’est court. Il hésite. Trois minutes de perdues. Il le prend quand même.
Sa voix intérieure l’invective : « Robert, bon Dieu, accélère ! Les autres arrivent.» Comme un automate, il slalome vers la zone Droguerie, à l’autre bout du magasin, fonce vers le produit qu’il sait ne pas être sur la liste. Il en devient imprudent.
- Ça alors, Monsieur Lièvre, mais que faites-vous ici de si bon matin ?
(695 mots)
Bien contente de te retrouver ici, Patricia. Je te souhaite beaucoup de plaisir à écrire sur ce blog.
RépondreSupprimerDu plaisir, j'en ai eu, moi, à lire ton texte enlevé, au rythme rapide. Une écriture originale, très visuelle. On se sent à la place d'un cameraman à la poursuite d'un acteur trop rapide.
Ton Robert, dont le nom colle bien au conformisme apparent du personnage, semble attaché à sa routine, soucieux d'ordre et d'efficacité. Mais au fil de la lecture, il m'a semblé que ce côté psychorigide devrait surtout coller à sa femme qui lui prépare chaque semaine la même liste de courses. Car en effet, pourquoi tient-il à échapper aux caméras de surveillance ? Que va-t-il acheter en douce à la droguerie ? Des actes d'audace et de désobéissance. Qui l'en aurait cru capable ? On l'imagine mal aussi avoir des enfants cachés, ce que tu laisses entendre dans le prologue. Là aussi il peut nous surprendre.
Ce sera un plaisir de suivre ses aventures !
Marie-Claire
Bonjour Patricia,
RépondreSupprimerCurieux, ce Robert qui cherche à éviter les caméras de surveillances...
Qu'a-t-il à craindre, à se reprocher, à désirer ne pas être vu ?
Raté, il a été surpris !
Et qu'est-il allé chercher au rayon droguerie ? Un prologue et déjà plein de mystères, de questions, de troubles...
Je suis impatient d'en savoir plus, beaucoup plus !
Bien à toi,
Jan.
Sans que quiconque s'en aperçoive, Robert ne supporte plus sa vie réglée comme du papier à musique .par sa femme ou par l'habitude. Pour lui, pas le moindre espace de liberté : la vigilance d'une caméra de surveillance est moins redoutable que celle d'une épouse. Alors, il pique dans les rayons, ni vu ni connu. Sauf si une connaissance le prend sur le fait. Un ami à lui ? Mais a-t-il le droit d'en avoir ? Une connaissance du couple ou de sa femme ? Le danger qu'elle soit mise au courant est réel. Mais peut-être a-t-il une vie parallèle, une famille cachée, des enfants qu'il veut gâter un peu sans que cela n'apparaisse sur les comptes ?
RépondreSupprimerJ'ai peut-être été un peu vite en besogne en faisant des suggestions prématurées !
RépondreSupprimerMarie-Claire
Bonjour Patricia.
RépondreSupprimerNous allons découvrir mutuellement notre travail. Je suis ravie.
Les premières lignes de ton prologue m’entrainent dans une visite en règle du supermarché. Ouf ! Je ne suis pas la seule à être méthodique, voire maniaque pour le ravitaillement.
Je pressens que Robert va changer de comportement. Je pense que ce parcours là, au sein des allées, sera le dernier du genre.
Que prévois-tu pour notre « petit » fonctionnaire bien ordonné ?
Ses comportements, dont sa phobie des systèmes de surveillance, induisent un grand mystère, sans parler de la rencontre finale.
« Ça alors, Monsieur Lièvre, mais que faites-vous ici de si bon matin ? » Il ne s’agit pas d’un proche, d’un intime…. Est-ce un personnage en rapport avec ses hobbies ?
Vite, vite la suite….
Bien à toi. Françoise
Bonjour Françoise,
RépondreSupprimerJe n'ai plus grand chose à dire après tous ces commentaires judicieux. Perso, j'ai de la chance, je n'ai pas besoin de ma cacher, je ne vais jamais au supermarché!
Belle entrée en matière. Que nous cacje monsieur Lièvre qi se cache?
Xian
Bonjour Patricia,
RépondreSupprimerJ'ai été scotchée en lisant ton texte, ma respiration s'est accélérée au rythme de ton récit. Ne serais-tu pas du genre à nous tenir en haleine avec la lecture du bottin de téléphone ? Cette visite au supermarché prend déjà des allures de thriller et ce Robert a des airs d'agent secret. Son existence est-elle si banale dans la vie ordinaire qu'il se fabrique des vies parallèles ? Il me donne l'impression d'être un enfant, qui par son imagination, se transporte dans un monde imaginaire. Bravo Patricia et je suis très heureuse de te retrouver parmi nous. Que manque-il à ton héros ? Un ami ? je le vois bien être la risée de ses collègues de bureau.
Cathy
Bonsoir Patricia,
RépondreSupprimerManiaque ou obsessionnel Robert? La liste, la liste, la liste....
Si le plumage du poulet ressemble à son ramage, pas question de s'en emparer!!! C'est comme une religion privée avec une petite voix intérieure qui vient interdire tout élan.
La transgression va-t-elle suivre et quand? Beau suspense.
Annie
Bonjour Patricia
RépondreSupprimerUne première rencontre et un grand plaisir de la découverte. Un prologue qui accroche le lecteur. Robert Lièvre est clairement un personnage intrigant. J’aime le clin d’œil du nom de famille en lien avec le comportement. Je n’insisterai pas sur sa course-rallye dans Carrefour qui est décrite avec verve et dont la précision est un ancrage solide dans la réalité concrète. On se croit donc dans un prologue sans surprise : le personnage fait ses courses. Mais tu introduis des éléments de suspense : pourquoi garde-t-il la tête baissée, évite-t-il les caméras est-il réellement un petit voleur de supermarché ? pour le jeu ? pour transgresser ? à moins qu’il ne soit parano ? Et qui sont ces autres qui arrivent ? Est-il menacé ? seulement agoraphobe ? Et quels sont ses rapports avec sa femme : dévouement ? soumission ? imposture ? Les questions se bousculent et la dernière réplique se situe dans la parfaite tradition feuilletonnesque. Un début plus que prometteur qui donne envie de retrouver Robert au plus tôt.
Le thème de ton premier chapitre sera la paresse. La couleur dominante du texte le rouge et l’élément-surprise un perroquet dont tu trouveras l’image au bas de ton texte annoté.
Bon travail.